Auteur :Thepot Sylvain et les internes en DES d'hematologi
créé le :17-03-2010
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L?h?matologie : la recherche et les patients victimes de la r?forme de la biologie m?dicale ?
Nous tenons ? attirer l?attention sur la r?forme de la biologie m?dicale issue de l?ordonnance dite ? Ballereau ?, publi?e au Journal Officiel le 13 janvier 2010, portant modification au code de Sant? Publique. Cette r?forme dont l?objectif pourtant louable est de mieux encadrer les laboratoires de biologie m?dicale, risque d?appauvrir l?expertise m?dicale et l?excellence universitaire d?une sp?cialit? peu connue du grand public : l?H?matologie.
Le champ de l?H?matologie couvre l?ensemble des maladies du sang, de la moelle osseuse et des ganglions, dont un grand nombre de maladies canc?reuses : les leuc?mies aigues et chroniques, les lymphomes, mais aussi de graves maladies g?n?tiques, comme l?h?mophilie. Ces maladies, qui touchent plus de 22 000 Fran?ais chaque ann?e, n?cessitent une prise en charge sp?cialis?e, conduite dans des centres hospitaliers le plus souvent universitaires, o? sont ?tablis des diagnostics pr?cis, et entrepris des soins lourds, tels que des chimioth?rapies ou des greffes de moelle osseuse.
La prise en charge des patients atteints d?une maladie h?matologique n?cessite une collaboration ?troite et quotidienne entre h?matologues biologistes (qui analysent les examens de sang et de moelle osseuse), et h?matologues cliniciens, qui au chevet des malades, prescrivent ces examens co?teux. L?h?matologie est donc par essence mixte : elle est clinico-biologique. Si elle est scind?e en deux en France au sein du troisi?me cycle des ?tudes m?dicales, elle ne l?est ni pour nos a?n?s, ni pour la vaste majorit? des pays europ?ens.
La recherche fran?aise en h?matologie est ? l?origine d?avanc?es majeures en biologie et des progr?s th?rapeutiques ind?niables. Elle s?est inscrite dans le sillage de Jean Bernard, pionnier de l?utilisation de la chimioth?rapie, et de Jean Dausset, prix Nobel de M?decine pour une d?couverte en immunologie qui a ouvert la voie aux greffes d?organes et de moelle osseuse. Cette recherche h?matologique fran?aise, s?est perp?tu?e ? un haut niveau comme en t?moigne, entre autre, l?attribution par la Soci?t? Am?ricaine d?H?matologie de Prix prestigieux, notamment au Professeur Eliane GLUCKMAN et au Docteur William VAINCHENKER.Elle a su rester ? la pointe de la comp?tition internationale, d?couvrant encore r?cemment de nouveaux g?nes impliqu?s dans les cancers, mettant au point de nouvelles proc?dures de greffe de moelle ou de th?rapies cibl?es qui permettent de gu?rir chaque jour plus d?h?mopathies malignes. C?est aussi dans ce domaine que se d?veloppe en France des recherches au premier plan mondial concernant la th?rapie g?nique.
A ce jour, les ?tudiants en m?decine se destinant ? l?h?matologie poursuivent leurs six ann?es de formation g?n?rale par un internat de cinq ans qui comporte une formation th?orique mixte et une alternance de stages de pratique clinique, et de laboratoire d?analyses (une ann?e minimum d?internat). A l?issue de ce parcours, qui est sanctionn? par un Dipl?me d?Etudes Sp?cialis? (DES) d?h?matologie clinique, la majorit? est en outre titulaire d?un Master de recherche en h?matologie.
Or l?ordonnance ? Ballereau ? restreint l?autorisation de valider les examens biologiques aux seuls titulaires du Dipl?me d?Etudes Sp?cialis?s de biologie m?dicale (internat de 4 ans ne comprenant pas de stage clinique). Cette mesure doit garantir la qualit? des examens biologiques de pratique courante, r?alis?s notamment par les laboratoires d?analyse de ville. Mais elle retentit ?galement sur la biologie dite ? de recours ?, reposant sur des techniques de pointe reserv?es de facto aux laboratoires des centres hospitaliers.
Nous pensons qu?une telle mesure, appliqu?e ? l?h?matologie, va avoir des cons?quences redoutables. Elle va d?connecter la d?cision de prescription et l?interpr?tation d?un r?sultat biologique de la situation clinique. Elle va nuire au bon fonctionnement des centres hospitaliers d?pourvus de services d?h?matologie clinique : leurs laboratoires de biologie n?emploieront plus d?h?matologues ? double comp?tence clinique et biologique, capables d?orienter la prise en charge d?un patient ? la d?couverte d?une maladie sanguine. A titre d?exemple, un tel poste est ? pourvoir depuis plus d?un an au sein d?un des plus importants ?tablissements de l?Assistance Publique des H?pitaux de Paris ! A l?heure de l?harmonisation universitaire europ?enne, cette mesure ?loigne les dipl?mes fran?ais d?h?matologie de leurs ?quivalents europ?ens. Elle va enfin freiner la recherche dite ? de transfert ? qui se nourrit d?un constant aller-retour entre le chevet du malade et le laboratoire. C?est aller ? contresens des efforts du gouvernement en faveur de la recherche hospitalo-universitaire, efforts port?s notamment par le ? Grand Emprunt ?.
Ces motifs nous conduisent, internes et chefs de clinique, praticiens en formation, ? r?clamer de concert avec nos a?n?s et la Soci?t? Fran?aise d?H?matologie l?am?nagement de l?ordonnance Ballereau pour les activit?s de biologie de recours, dont l?h?matologie. Loin de refuser par immobilisme la n?cessaire qualification des actes biologiques, nous proposons la cr?ation de dipl?mes transdisciplinaires (Dipl?mes d?Etudes Sp?cialis?s Compl?mentaires, DESC) permettant la reconnaissance des comp?tences biologiques restreintes des h?matologues cliniciens. Cet am?nagement, techniquement simple et transparent, p?rennisera l?excellence de l?h?matologie fran?aise au service des patients.

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